Suicide du père Pierre-Yves Fumery, une présomption d'innocence piétinée
Aucune charge n'avait été retenue contre lui et ses attitudes n'étaient pas passibles de poursuites
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Le 7 mai 2019, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, alors président de la Conférence des évêques de France (CEF), est auditionné par une mission sénatoriale sur les infractions sexuelles sur mineurs. Dans un contexte déjà tendu après les révélations sur les abus dans l'Église, ses propos marquent les esprits : « On ne peut pas considérer que c'est purement marginal. C'est un problème systémique qu'il faut traiter comme tel. » Cette phrase, reprise en boucle par les médias, a eu un impact dévastateur sur l'image de l'Église en France.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, une déclaration précipitée qui a fragilisé l'Église
Pourtant, derrière cette déclaration apparentée à une mea culpa collective, se cachent des conséquences imprévues : une généralisation abusive des responsabilités, une fragilisation des prêtres innocents, et une instrumentalisation politique de la crise des abus. Retour sur un moment charnière où le manque de discernement d'un haut responsable ecclésial a alimenté la défiance envers l'institution.
En 2019, l'Église catholique française est sous le choc. Les affaires d'abus sexuels, comme celle du père Preynat à Lyon ou les révélations sur des religieux coupables de violences, ébranlent les fidèles. Les médias, les associations de victimes et une partie de l'opinion publique exigent des comptes. Dans ce climat, chaque mot d'un évêque pèse lourd.
Lors de son audition au Sénat, Mgr de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et porte-parole des évêques, est sous pression. Il doit reconnaître les fautes de l'Église, tout en évitant de jeter l'opprobre sur des milliers de prêtres innocents. Pourtant, sa déclaration sur le caractère « systémique » des abus dépasse le cadre des faits avérés et ouvre la porte à une généralisation dangereuse.
Un terme mal choisi : « systémique »
Le mot « systémique » est lourd de sens. Il suggère que toute l'Église, dans sa structure même, serait complice ou favoriserait les abus. Or, les chiffres disponibles (comme ceux du rapport Sauvé, publié plus tard en 2021) montrent que :
En utilisant ce terme, Mgr de Moulins-Beaufort a donné l'impression que l'Église entière était gangrenée, alors que la réalité est plus nuancée. Cette imprécision linguistique a eu des conséquences lourdes :
La déclaration de Mgr de Moulins-Beaufort a eu un effet boomerang. Les médias en ont fait un titre choc, présentant l'Église comme une institution criminelle par nature. Les associations de victimes (comme La Parole libérée) ont exigé des mesures radicales, parfois sans distinction entre coupables et innocents. Des prêtres et des religieux, jamais mis en cause, se sont retrouvés sous le feu des suspicions, simplement parce qu'ils portaient une soutane.
Un climat de défiance généralisée
Après cette audition, l'Église de France a été perçue comme un repaire de prédateurs. Pourtant, la plupart des diocèses avaient déjà mis en place des protocoles stricts pour prévenir les abus. Mais le mal était fait : dans l'opinion publique, tout prêtre était désormais un suspect potentiel.
Des cas comme celui du père Lugan (suspendu puis innocenté) ou de Mgr Aupetit (accusé puis réhabilité) montrent comment des hommes ont vu leur réputation détruite sur la base de rumeurs ou d'accusations non prouvées. La déclaration de Mgr de Moulins-Beaufort a contribué à ce climat de chasse aux sorcières, où la présomption d'innocence semblait avoir disparu.
Une instrumentalisation politique
La gauche laïque et les milieux anti-cléricaux n'ont pas manqué de saisir cette déclaration pour attaquer l'Église. Des sénateurs, des journalistes et des associations ont exigé des réformes radicales, allant jusqu'à remettre en cause le célibat des prêtres ou la structure hiérarchique de l'Église.
Pourtant, aucune preuve ne montrait que ces éléments favorisaient les abus. Au contraire, des études (comme celle de l'Université John Jay aux États-Unis) ont montré que les abus existent dans tous les milieux, et que le célibat n'est pas un facteur aggravant.
Le problème avec la déclaration de Mgr de Moulins-Beaufort, ce n'est pas qu'il ait reconnu les fautes de l'Église (ce qui était nécessaire), mais qu'il ait généralisé la responsabilité sans distinguer entre les coupables et les innocents.
Une réponse émotionnelle plutôt que réfléchie
Sous la pression médiatique et politique, l'archevêque de Reims a réagi avec précipitation, sans mesurer l'impact de ses mots. Pourtant, un responsable de son niveau aurait dû préciser que les abus concernent une minorité (même si chaque cas est grave), rappeler les efforts déjà engagés par l'Église pour lutter contre ces crimes et surtout éviter les termes ambiguës comme « systémique », qui alimentent les préjugés.
Un affaiblissement de l'autorité épiscopale
En cédant à la pression, Mgr de Moulins-Beaufort a affaibli la position des évêques. Désormais, chaque prise de parole épiscopale est scrutée, et toute erreur de langage est exploitée par les détracteurs de l'Église.
L'affaire montre l'importance du discernement dans les prises de parole publiques. Reconnaître les fautes de l'Église est nécessaire, mais généraliser les responsabilités est dangereux.
Ce qu'aurait dû dire Mgr de Moulins-Beaufort
Une déclaration plus nuancée et précise aurait pu éviter bien des malentendus : « Les abus sexuels commis par des membres du clergé sont une tragédie inacceptable. Ils concernent une minorité, mais chaque cas est une blessure pour l'Église et les victimes. Nous travaillons à renforcer les protocoles de prévention et de signalement, tout en veillant à ne pas accuser injustement ceux qui servent l'Église avec intégrité. »
La nécessité de défendre les innocents
L'Église doit protéger les victimes, mais aussi défendre les prêtres innocents qui se voient stigmatisés par des accusations infondées. La justice exige des preuves, et la charité commande de ne pas condamner sans preuve.
La déclaration de Mgr de Moulins-Beaufort devant le Sénat en mai 2019 restera comme un moment clé dans la crise que traverse l'Église de France. Si son intention était louable (reconnaître les fautes et protéger les victimes), son manque de précision a nui à l'institution dans son ensemble.
Cet épisode rappelle que la lutte contre les abus doit être menée avec rigueur, mais sans sacrifier l'équité. Les responsables ecclésiaux doivent peser leurs mots, surtout dans un climat médiatique hostile. L'Église a besoin de réformes, mais aussi de défenseurs de la vérité et de la justice.
La transparence ne doit pas rimer avec précipitation, et la reconnaissance des fautes ne doit pas devenir une condamnation collective. L'Église a besoin de réformer ses structures, mais aussi de protéger ses membres innocents des accusations infondées et des lynchages médiatiques.
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Le 30 janvier 2026
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