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Christian Bouchet et Georges Gurdjieff, ésotérisme et droite radicale

Qui sont-ils ?

Georges Gurdjieff (1866–1949) est un mystique, philosophe et maître spirituel d'origine arménienne, fondateur d'un enseignement ésotérique connu sous le nom de "Quatrième Voie". Son système, qui mêle influences orientales, soufisme, christianisme et psychologie, vise à éveiller la conscience humaine par des méthodes de travail sur soi, de danse sacrée et de méditation. Gurdjieff a attiré un cercle d'élèves en Europe et aux États-Unis, dont certains sont devenus des figures majeures de la contre-culture spirituelle du XXe siècle.

Christian Bouchet (né en 1955) est une figure controversée de la droite radicale française, connue pour son engagement dans divers mouvements nationalistes, néopaïens et ésotériques. Ancien membre du Front National, il a cofondé des groupes comme Terre et Peuple et Nouvelle Résistance, et s'est intéressé à des courants comme le traditionalisme radical, l'occultisme et le paganisme européen. Bouchet est aussi un auteur prolifique, explorant les liens entre politique, spiritualité et identité européenne.

Points de convergence : ésotérisme et traditionalisme

Le lien entre Bouchet et Gurdjieff ne repose pas sur une relation directe (Gurdjieff est mort bien avant la naissance de Bouchet), mais sur des influences idéologiques et spirituelles communes.

Le traditionalisme radical est le premier élément de convergence qui vient en tête. Gurdjieff et Bouchet partagent un intérêt pour les traditions spirituelles pré-modernes et une critique de la société industrielle. Gurdjieff prônait un retour à une connaissance sacrée perdue, tandis que Bouchet, inspiré par des auteurs comme Julius Evola ou René Guénon, défend une vision "traditionaliste" de l'Europe, opposée au matérialisme et au christianisme institutionnel.

L'ésotérisme politique est aussi une caractéristique commune. Bouchet s'inscrit dans une mouvance qui cherche à lier spiritualité et engagement politique. Il a exploré des courants comme le néopaganisme ou l'occultisme, où l'on retrouve des thèmes chers à Gurdjieff : la quête d'un "homme nouveau", la critique de la modernité, et l'idée d'une élite spirituelle capable de guider les sociétés. Gurdjieff, bien que non politique, a inspiré des cercles qui voyaient dans son enseignement une alternative aux systèmes politiques dominants.

Gurdjieff comme référence indirecte

Bien que Bouchet ne cite pas explicitement Gurdjieff comme une influence majeure, plusieurs éléments montrent une convergence d'intérêts

Citons pour commencer la Quatrième Voie et l'"homme différent" : Gurdjieff enseignait que l'être humain ordinaire vit dans un état de "sommeil" et que seul un travail intérieur intense peut le réveiller. Bouchet, dans ses écrits, reprend cette idée d'un "homme nouveau" européen, libéré des carcans de la société moderne et connecté à ses racines païennes. Cette vision rejoint aussi les thèses de Julius Evola sur la "différenciation" spirituelle.

L'anti-égalitarisme est également commun aux deux. Gurdjieff croyait en une hiérarchie naturelle entre les individus, basée sur leur niveau de conscience. Bouchet, quant à lui, rejette l'égalitarisme démocratique au profit d'une vision organique et hiérarchique de la société, inspirée du traditionalisme.

L'influence sur les cercles de droite radicale est évidente. Certains disciples de Gurdjieff, comme le philosophe russe Piotr Ouspensky, ont diffusé des idées qui ont été reprises par des mouvements traditionalistes ou conservateurs. Bouchet, en s'intéressant à ces courants, a pu être indirectement exposé à des concepts gurdjieffiens, notamment via des auteurs comme Evola, qui a étudié les enseignements de Gurdjieff.

Différences fondamentales

Malgré ces points communs, Bouchet et Gurdjieff diffèrent radicalement sur plusieurs aspects.

Pour commncer, la dimension politique : Gurdjieff se voulait apolitique. Son enseignement était centré sur la transformation individuelle, sans projet de société. Bouchet, au contraire, lie explicitement spiritualité et combat politique, avec une vision nationaliste et identitaire.

Ensuite vient le rapport au christianisme. Gurdjieff intégrait des éléments chrétiens dans son enseignement, tandis que Bouchet rejette le christianisme au profit d'un néopaganisme européen, qu'il considère comme plus authentique.

L'universalisme contre l'identitarisme, là-dessus aussi on note des divergences. Gurdjieff visait une vérité universelle, accessible à tous, tandis que Bouchet défend une spiritualité ancrée dans le sol et le sang européens, excluant les autres cultures.

Pourquoi ce rapprochement idéologique ?

L'intérêt de Bouchet pour des figures comme Gurdjieff s'explique par plusieurs facteurs.

La recherche d'une légitimité spirituelle est un point important, puisque la droite radicale cherche souvent à se doter d'une profondeur métaphysique. En s'appuyant sur des auteurs ésotériques ou traditionalistes, Bouchet tente de donner une dimension sacrée à son combat politique.

Ils se rejoignent évidemme t sur la critique de la modernité. Gurdjieff et Bouchet partagent une méfiance envers le progrès technique et la société de consommation. Pour Bouchet, cette critique se traduit par un rejet de la démocratie libérale et un appel à un retour aux valeurs "organiques" de l'Europe pré-chrétienne.

L'attrait pour les élites spirituelles est évident. L'idée gurdjieffienne d'une minorité éveillée capable de guider l'humanité résonne avec la vision bouchétienne d'une avant-garde nationaliste et païenne, chargée de "réveiller" les Européens à leur identité.

Doit-on parler d'une filiation spirituelle, pas d'une influence directe? Christian Bouchet ne se réclame pas explicitement de Gurdjieff, mais leurs chemins se croisent dans l'espace du traditionalisme radical et de l'ésotérisme politique. Gurdjieff offre à Bouchet (et à d'autres figures de la droite radicale) un cadre de pensée où spiritualité et rejet de la modernité se mêlent, même si leurs objectifs finaux diffèrent. Pour Bouchet, l'héritage de Gurdjieff est surtout un outil pour légitimer une quête identitaire et païenne, là où Gurdjieff lui-même restait centré sur la transformation individuelle.

Le rapport entre les deux hommes illustre comment des enseignements spirituels peuvent être récupérés et réinterprétés par des mouvements politiques radicalement opposés à leur esprit originel. Gurdjieff, mystique universaliste, devient ainsi, malgré lui, une référence lointaine pour une droite radicale en quête de sacralité.

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Le 22 janvier 2025

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