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L'Antéchrist vu par Peter Thiel, entrepreneur conservateur catholique de la Silicon Valley

Peter Thiel, cofondateur de PayPal et de Palantir Technologies, est l'une des figures les plus énigmatiques et influentes de la Silicon Valley. À la fois entrepreneur visionnaire, libertarien assumé et conservateur catholique, il incarne une synthèse rare entre innovation technologique et réflexion théologique. Son parcours, marqué par un soutien affiché à Donald Trump et une critique radicale du progressisme, s'inscrit dans une quête de sens qui dépasse le simple succès économique.

Récemment, lors d'une conférence à huis clos à l'Académie des sciences morales et politiques à Paris, à l'invitation de la philosophe Chantal Delsol, Thiel a développé une réflexion sur la figure de l'Antéchrist, mêlant eschatologie chrétienne et analyse géopolitique. Cette intervention, qui a suscité autant d'intérêt que de polémique, révèle une dimension méconnue de sa pensée : celle d'un conservateur catholique préoccupé par les dérives d'un monde en crise.

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Un parcours entre Silicon Valley et conservatisme catholique

Né en 1967, Peter Thiel a bâti sa réputation en tant qu'entrepreneur et investisseur, cofondant des entreprises comme PayPal et Palantir, cette dernière spécialisée dans l'analyse de données pour les agences de renseignement. Son engagement politique, notamment son soutien à Donald Trump en 2016, a souvent été interprété comme une manifestation de son libertarianisme économique et de son rejet de l'establishment progressiste. Pourtant, Thiel se définit aussi comme un conservateur catholique, une dimension qui éclaire sa vision du monde et ses prises de position sur des questions comme la technologie, la liberté religieuse et l'avenir de l'Occident.

Son intérêt pour l'eschatologie chrétienne, et en particulier pour la figure de l'Antéchrist, n'est pas nouveau. En 2025, il a donné une série de conférences privées à San Francisco sur ce thème, s'appuyant sur des références bibliques et théologiques, notamment les écrits de Vladimir Soloviev et de Mgr Robert Hugh Benson, deux auteurs convertis au catholicisme et connus pour leurs réflexions sur la fin des temps. Pour Thiel, l'Antéchrist n'est pas seulement une figure biblique, mais une métaphore des forces qui menacent de saper les fondements de la civilisation occidentale : un universalisme moral étouffant, une technophobie paralysante, et une bureaucratie asphyxiante qui entravent l'innovation et la liberté individuelle.

L'Antéchrist selon Thiel : entre technophobie et universalisme moral

Lors de sa conférence à Paris, Thiel a développé une interprétation intéressante de l'Antéchrist, qu'il associe moins à une personne qu'à un ensemble de tendances culturelles et politiques. Pour lui, l'Antéchrist moderne se manifeste dans les mouvements qui, au nom d'un universalisme moral, cherchent à imposer une conformité idéologique et à freiner le progrès technologique. Il cite notamment Greta Thunberg comme symbole de cette « obsession luddite », qui, selon lui, empêche l'Occident de relancer l'accélération technologique nécessaire pour affronter les défis du XXIe siècle. Thiel voit dans cette résistance à l'innovation une menace plus grande que les dangers supposés de la technologie elle-même.

Cette vision s'inscrit dans une logique « accélérationniste » : pour Thiel, la seule manière de contrer l'Antéchrist est de pousser toujours plus loin les frontières de la science et de la technique, quitte à bousculer les normes établies. Il s'appuie sur une lecture paradoxale du « katechon » (celui qui retient l'Antéchrist, selon saint Paul), qu'il n'envisage pas comme une force purement conservatrice, mais comme une dynamique modernisatrice. Ainsi, loin de prôner un retour en arrière, Thiel défend une forme de radicalité technologique, où l'innovation devient un rempart contre le chaos.

Un conservateur catholique dans la Silicon Valley

La pensée de Thiel sur l'Antéchrist ne peut se comprendre sans sa double identité : celle d'un entrepreneur de la tech et celle d'un conservateur catholique. Dans un milieu comme la Silicon Valley, où le progressisme et le sécularisme dominent, Thiel fait figure d'exception. Son catholicisme, souvent discret, transparaît dans ses réflexions sur la liberté religieuse, la défense des valeurs traditionnelles et sa méfiance envers les utopies politiques. Il se distingue ainsi des autres figures de la tech, plus enclines à embrasser un universalisme laïc ou un transhumanisme débridé.

Son invitation par Chantal Delsol à l'Académie des sciences morales et politiques n'est pas anodine. Delsol, philosophe conservatrice et catholique, partage avec Thiel une critique des dérives du progressisme et une réflexion sur les limites de la démocratie libérale. Leur dialogue, bien que controversé, montre une volonté commune de repenser les fondements de l'Occident à l'aune d'une tradition chrétienne souvent marginalisée dans le débat public. Pour Thiel, comme pour Delsol, la question n'est pas seulement technologique ou politique, mais aussi spirituelle : comment préserver une civilisation qui semble avoir perdu ses repères ?

Une vision controversée, mais stimulante

Les idées de Peter Thiel sur l'Antéchrist et la technologie ont suscité des réactions contrastées. Certains y voient une réflexion profonde sur les dangers d'un monde désenchanté, où la technique et la morale s'affrontent sans médiation. D'autres, en revanche, critiquent une vision apocalyptique qui risquerait de justifier une course effrénée vers le progrès, sans égard pour ses conséquences humaines et sociales. Quoi qu'il en soit, Thiel a le mérite de poser des questions essentielles : comment concilier innovation et tradition ? Comment éviter que la technologie ne devienne elle-même une forme d'idolâtrie ?

Pour les catholiques devenus minorité en France, la réflexion de Thiel offre une piste de dialogue entre foi et modernité. Elle rappelle que la technologie, si elle peut être un outil de libération, peut aussi devenir un instrument de domination si elle n'est pas encadrée par une éthique chrétienne solide. L'avenir de la civilisation est un sujet récurrent sur le blog les « Carnets de réflexion », à ce propos Thiel propose une voie originale, à la croisée du conservatisme et de l'audace entrepreneuriale.

📰 Les conservateurs catholiques défendent une écologie intégrale, où respect de la création rime avec respect de la vie, de la conception à la fin naturelle. Notre vision holistique, alliant tradition et innovation, montre que progressisme authentique et fidélité aux principes chrétiens ne sont pas antinomiques, mais complémentaires pour un avenir harmonieux et durable.

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Le 8 février 2026

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