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Depuis plusieurs années, un phénomène de fond traverse les sociétés occidentales : le rejet croissant de l'establishment progressiste par des peuples lassés d'un universalisme moral étouffant, d'une technophobie paralysante et d'une bureaucratie asphyxiante. Ce mouvement, qui se manifeste par le succès des partis conservateurs et une défiance généralisée envers les élites, s'inscrit dans une critique plus large des dérives d'un système qui, au nom du progrès et de la vertu, impose une conformité idéologique et entrave la liberté individuelle.
Des penseurs conservateurs comme le philosophe russe Vladimir Soloviev (1853-1900), Mgr Robert Hugh Benson (1871-1914) ou la philosophe contemporaine Chantal Delsol offrent des clés pour comprendre cette révolte et proposent une alternative fondée sur la tradition, la subsidiarité et le réalisme politique.

La figure noire de l'establishment progressiste est de plus en plus rejettée
L'universalisme moral : une nouvelle forme de totalitarisme mou
L'universalisme moral, promu par les élites progressistes, se présente comme une défense des droits de l'homme, de l'égalité et de la justice sociale. Pourtant, pour de nombreux conservateurs, il s'apparente à une nouvelle forme de totalitarisme, où toute déviation par rapport à la doxa ambiante est immédiatement stigmatisée comme « réactionnaire », « populiste » ou « complotiste ». Cette vision, qui prétendait libérer l'individu, finit par l'enfermer dans un carcan idéologique où la pensée unique règne en maître.
Vladimir Soloviev (1853-1900), philosophe russe et précurseur du dialogue œcuménique, avait pressenti ce danger dans son « Court récit sur l'Antéchrist ». Pour Soloviev, l'Antéchrist n'est pas seulement une figure eschatologique, mais aussi une tentation permanente de l'humanité : celle de construire un paradis terrestre par la force, au mépris de la liberté et de la transcendance. Son œuvre met en garde contre les utopies politiques qui, sous couvert d'émancipation, finissent par nier la dignité humaine et la complexité du réel. Aujourd'hui, cette prophétie semble se réaliser : l'universalisme moral, en imposant une norme unique, nie la diversité des cultures, des traditions et des convictions.
La technophobie paralysante : entre luddisme et peur du progrès
Un autre trait marquant de l'establishment progressiste est sa technophobie sélective. D'un côté, il célèbre les avancées technologiques quand elles servent ses objectifs (transition écologique, surveillance numérique, etc.) ; de l'autre, il freine ou diabolise les innovations qui pourraient remettre en cause son hégémonie (énergie nucléaire, intelligence artificielle non contrôlée, biotechnologies). Cette attitude ambivalente crée un climat de méfiance et de paralysie, où le progrès est soit encadré par une bureaucratie étouffante, soit rejeté au nom d'un principe de précaution devenu dogme.
Mgr Robert Hugh Benson (1871-1914), prêtre anglican converti au catholicisme, a exploré cette tension dans « Le Maître de la Terre », un roman d'anticipation où il décrit un monde futur dominé par une technocratie totalitaire. Benson y montre comment une élite, au nom de la raison et de la science, peut imposer un ordre social oppressif, où la liberté individuelle est sacrifiée sur l'autel du bien commun. Pour les conservateurs, cette vision résonne avec les dérives contemporaines, où la technique devient un instrument de contrôle plutôt que de libération. Le rejet populaire de cette technophobie sélective s'exprime par un soutien croissant à des figures qui, comme Peter Thiel, défendent une innovation radicale, libérée des entraves idéologiques.
La bureaucratie asphyxiante : l'État-providence devenu État-contrôle
Enfin, la bureaucratie, avec ses réglementations tentaculaires et son administration kafkienne, est devenue le symbole d'un système qui étouffe l'initiative individuelle et la créativité. Sous couvert de protéger les citoyens, l'État-providence s'est transformé en État-contrôle, où chaque aspect de la vie sociale est encadré, normé, voire sanctionné. Les peuples, notamment en Europe, ressentent de plus en plus cette bureaucratie comme une camisole de force, qui les prive de leur autonomie et de leur capacité à façonner leur propre destin.
Chantal Delsol, philosophe conservatrice catholique et membre de l'Académie des sciences morales et politiques, a analysé cette dérive dans plusieurs de ses ouvrages. Pour elle, la bureaucratie moderne est l'héritière d'une vision jacobine de la société, où l'État se substitue à la responsabilité individuelle et aux corps intermédiaires (famille, Église, associations). Dans « La Fin de la chrétienté », elle montre comment cette logique, en sapant les fondements de la société civile, prépare le terrain pour un individualisme désincarné ou, à l'inverse, pour des réactions populistes violentes.
Pour Delsol, la réponse ne réside pas dans un rejet pur et simple de l'État, mais dans un retour à la subsidiarité, principe selon lequel les décisions doivent être prises au niveau le plus proche des citoyens. Dans « Le Crépuscule de l'universel », Chantal Delsol montre que l'universalisme progressiste touche à sa fin.
Une alternative conservatrice catholique : tradition, subsidiarité et réalisme
Face à ces dérives, les penseurs conservateurs catholiques proposent une alternative fondée sur trois piliers : la tradition, la subsidiarité et le réalisme politique. La tradition n'est pas un retour en arrière, mais une reconnaissance de la sagesse accumulée par les générations passées, qui offre des repères stables dans un monde en crise. La subsidiarité, principe central de la doctrine sociale de l'Église, rappelle que la société doit être organisée de bas en haut, en donnant la priorité aux initiatives locales et aux corps intermédiaires. Enfin, le réalisme politique invite à prendre en compte la nature humaine, avec ses forces et ses faiblesses, plutôt que de vouloir la modeler selon une utopie.
Pour les conservateurs catholiques, le rejet de l'establishment progressiste n'est pas un simple réflexe de révolte, mais l'expression d'un désir profond de liberté et de sens. Il s'agit de retrouver un équilibre entre l'individu et la communauté, entre la tradition et l'innovation, entre la liberté et la responsabilité. Dans un monde où les repères se dissolvent, cette voie offre une boussole pour naviguer entre les écueils du relativisme et du totalitarisme.
Un débat à approfondir
Le rejet de l'universalisme moral, de la technophobie et de la bureaucratie par les peuples n'est pas un phénomène passager, mais le symptôme d'une crise profonde de la modernité dont parle Peter Thiel par exemple. Les penseurs conservateurs catholiques, en proposant une critique cohérente de ces dérives, ouvrent des pistes pour repenser l'avenir de nos sociétés. Leur vision, fondée sur une anthropologie réaliste et une éthique de la responsabilité, mérite d'être écoutée et discutée, notamment dans des espaces comme les « Carnets de réflexion », où la pensée conservatrice a toute sa place.
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Le 8 février 2026
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